A la mémoire des Poilus de Sepmes (3)

Il est bien sûr impossible de présenter toutes les courtes vies des jeunes sepmois qui furent tués lors de la grande guerre. Nous invitons les lecteurs qui voudraient les connaître à se reporter au classeur, résultat des recherches d’Eliane Fontaine, déposé en Mairie de Sepmes.

Présentons encore la situation de quatre poilus qui nous semblent illustrer des situations particulières, ou représentatives, de cette France de 1914 qui s’est suicidée en sacrifiant ses enfants.

1 – Jean Baptiste Delorme était né en 1887 à Yzeures sur Creuse où son père journalier, lui aussi prénommé Jean Baptiste, et sa mère, Marie Bégenne résidaient. Celle-ci mourut en 1906. Lui même était journalier, c’est à dire ouvrier agricole payé à la journée; situation on ne peut plus précaire. Il trouva pourtant une couturière pour l’épouser le 3 juin 1912 à Sepmes: Céline Babin, 29 ans (1883-1957), dont certains sepmois se souviennent encore. Elle même était orpheline de François Babin (mort en 1902) et d’Anne Marie Chauveau décédée la même année.

Il fut recruté comme soldat de 2ième classe au 68 ième RI du Blanc sous le matricule 03891, puis au 313 ième RI. Engagé dans les terribles combats de 1914 il mourut le 21 septembre à l’âge de 27 ans du coté de l’Argonne, « tué à l’ennemi ». Son corps a été transféré dans plusieurs cimetières pour être finalement inhumé au cimetière militaire de Vauquois. Un comme tant d’autres pourrait-on penser.

Mais son histoire doit être poursuivie par celle de sa femme: le 28 juillet 1920 Céline Babin s’est remariée avec un cultivateur de Bournan, Gabriel Destouches. Les témoins de ce mariage furent Eugène Babin (1870-1941), sabotier, oncle de l’épouse, et Valentin Babin, vitrier-ramoneur frère de la mariée. Céline Babin était donc la cousine germaine d’Andrée Babin qui fut la secrétaire de mairie de Sepmes pendant la seconde guerre mondiale et qui s’illustra par son rôle éminent dans la délivrance de faux papiers d’identités à celles et ceux qui tentaient de franchir la ligne de démarcation. Andrée Babin fut déportée et mourut en camp de concentration. Les cousines Babin ont payé un lourd tribut aux deux guerres franco-allemandes du 20 ième siècle!

2 – Fernand Desmazeau était né à Saint Symphorien le 14 mars 1891. Son père Jean (1856-1936), venu de la Vienne, était responsable des métayers de la Roche Ploquin à Sepmes. Sa mère s’appelait Désirée Préteseille. La famille habitait à la Gostrie, près du château de la Roche Ploquin. La carrière militaire attira Fernand et il s’engagea dans l’Armée en 1911. Son numéro de matricule était le 184, et il fut versé, au grade de caporal, lors de sa création en 1913, dans le 5 ième régiment des tirailleurs algériens, 3 ième bataillon. A ce titre, lors des débuts de la grande guerre il se battait contre des rebelles marocains. Dans les combats, pendant que tant d’autres français se battaient sur la Marne il « disparut » le 13 novembre 1914, à El Herri, à 23 ans. La mention sur l’acte de décès décrit parfaitement les horreurs de la guerre: « Le nombre de militaires du 5 ième régiment dont les corps défigurés ont été relevés sur le terrain empêche de constater la mort dans des formes régulières ». Des tranchées de Champagne et de Lorraine au désert maghrébin Sepmes épuise ses forces vives. Fernand Desmazeau avait 3 frères et 2 soeurs, dont Maurice, père de Guy Dezmazeau.

3 – Baptiste Roullet était né à Sepmes le 28 juillet 1892. Son père (1872-1952) était le fils d’Etienne Roullet qui était appelé « le Romain » car il aurait été garde pontifical. Sa mère était Marie Louise Maronneau. Baptise Roullet était célibataire, agriculteur à Brissac.

Lui aussi fut incorporé, au Blanc, comme soldat de 2 ième classe dans 68 ième RI; sous le matricule 4318.  Et lui aussi fut victime du début de la guerre. Il fut gravement blessé à la première  bataille des Flandres et mourut de ses blessures le 21 octobre 1914 ,à 22 ans, à l’hôpital de Narbonne où il avait été ramené. Il est enterré à Sepmes et la stèle sur sa tombe porte l’inscription « blessé mortellement à son poste de combat, victime de la guerre »

Il avait pourtant belle allure sur la photographie prise rue de Clocheville, à Tours, chez André Larippe, une cigarette négligemment placée dans la main droite. Etrangement sa vareuse indique le 32 ième RI qui tient garnison à la caserne de Guise au château de Tours.

Son père qui n’avait que 19 ans de plus que lui considéra qu’il devait remplacer son fils sur le champs de bataille. Ce qu’il fit.

4 – Gaston Testu (on prononce Tétu) était né le 26 juin 1862 à Sainte Catherine de Fierbois. Son père était Auguste Testu et sa mère Marie Louise Bourgueil. Marié à Marguerite Testu, ils formaient un de ces couples typiques de « hussards de la République » puisque l’un et l’autre étaient instituteurs. Souvent dans nos campagnes c’est un couple d’instituteurs (ou un frère et une soeur) qui avaient en charge l’instruction publique. Et dans bien des cas, comme à Sepmes les instituteurs habitaient à l’école Gaston Testut était aussi secrétaire de Mairie (les locaux municipaux jouxtaient l’école); autant dire toute son importance pour la commune.

Sergent de réserve il fut enrôlé sous le matricule 015100 au 268 ième RI. Lors de la même bataille des Flandres le 2 novembre 1914, à 32 ans, il « fut tué à l’ennemi » en Belgique, au fortin d’Ypres. On dit qu’il a été fauché par un obus alors qu’il commandait une corvée chargée d’enterrer des chevaux.

L’Annuaire d’Indre et Loire de 1917, qui récapitule les acteurs principaux de chaque commune, indiquait bien que Madame Testut était institutrice, mais à la place du nom de l’instituteur de Sepmes il y a des points de suspension L’institutrice était elle seule chargée de l’enseignement? A-t-on par la force des choses réduit l’enseignement des enfants de Sepmes?

La litanie des morts de cette effroyable guerre, dont nous avons pu évoquer la mémoire de certains grâce au travail d’Eliane Fontaine, ne devrait jamais être oubliée tant les souffrances infligées sont encore parfaitement perceptibles ici, dans notre petite vallée de la Riolle, comme dans toute l’Europe.

Mais la mémoire n’est plus le fort d’un continent qui sombre.

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