A la mémoire des poilus de Sepmes (2)

Parmi les fiches des poilus de Sepmes disparus lors de la Grande Guerre qu’Eliane Fontaine a rédigées, nous allons nous attacher à celles de 2 fratries: les frères Menoux et Dugué.

Au Grand-Relais, propriété de la famille Rabault, Joseph Menoux était cultivateur métayer, aidé de son épouse, née Blanche Lhuillier. Ils avaient au moins 2 fils Paul, né le 22 février 1891, et Lucien, né le 31 Août 1892.

Célibataires et se disant « domestiques de ferme », ils sont tous deux mobilisés comme soldats de 2 ième classe quand éclate la guerre de 1914.

L’aîné, Paul Menoux, matricule 8413 est affecté au 8 ième régiment de marche des zouaves, 2 ième bataillon. Il est tué lors des terribles combats de septembre 1914 dans la Meuse pour stopper l’avance allemande, dès le 1° septembre, à 23 ans. Il est considéré comme disparu au combat à Allaincourt dans les Ardennes. Ce qui signifie que son corps a été soit déchiqueté par les obus, soit englouti dans les bombardements qui retournaient le terrain de bataille. Il n’a pas de sépulture connue.

Comment des parents qui on vu partir leurs deux fils un mois plus tôt peuvent-ils faire face à l’angoisse que le même sort advienne au frère?

Le cadet, Lucien Menoux, matricule 4546, est affecté au 167 ième RI. Dans la terrible bataille de Verdun, à un des points les plus durs du combat, à Fleury devant Douaumont il disparait au combat le 29 octobre 1916. Le village de Fleury a été totalement rasé pendant la bataille de Verdun et n’a jamais été reconstruit bien que maintenu dans son statut de commune de France. Le corps de Lucien aussi a disparu dans le déluge de feu, d’acier et de boue. Il n’a pas non plus de sépulture. Au Grand-Relais l’hiver a dû être terrible pour les Menoux.

Fernand et Germain Dugué étaient deux frères dont les parents étaient Victor Dugué, journalier né à Yzeures, et Josephine Vallet du Grand Pressigny.

Fernand Dugué, l’aîné, était né en 1892 à Abilly et était domestique agricole aux Anneaux à Sepmes chez Antoine Bouffeteau. Il était célibataire au moment de la guerre. Soldat de 2 ième classe  (matricule 4527) il fut incorporé au 68 ième RI, 11 ième compagnie. Il ne fut pas ménagé puisqu’il participa à la Mêlée des Flandres pour la course à la mer. Fin octobre 1914 il fut gravement blessé au combat et décéda de ses blessures le 25 octobre à Ypres en Belgique, à 22 ans. Son lieu de sépulture n’est pas connu. Peut être le cadavre de Fernand est-il dans un des ces ossuaires qui parsèment l’est et le nord de notre pays?

Germain Dugué le frère le plus jeune était né le 3 août 1896. Il avait donc tout juste18 ans au moment de la déclaration de la guerre et quand son grand frère a été tué. Il était journalier agricole chez Baptiste Méry à la Mélaudière. Germain Dugué s’est marié le 10 juillet 1916, 3 semaines avant ses 20 ans; vraisemblablement juste avant son départ à la guerre. Il a été incorporé sous le matricule 13270 au 90 dème RI. Sa femme, était Juliette Lacroix née le 4 juillet 1897 à Draché, dont les parents étaient François Lacroix charpentier à Draché et la mère, Louise Gervais, gagiste. Sur l’acte de mariage les époux et témoins ont signé à l’exception du père du marié qui a déclaré « ne le savoir faire ».

La mariée était enceinte puisqu’elle a donné naissance à René, le 22 octobre suivant.

Le 11 avril 1918, à 22 ans comme son frère, à Rouvrel dans la Somme, il fut « tué à l’ennemi ». Là encore c’est une façon de dire que dans la bataille il a disparu, laissant sa veuve de 21 ans et son fils d’un an et demi dans le désarroi. Et des parents privés de leurs deux fils. Pas de lieu de sépulture connu non plus.

Germain Dugué a été décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec citation à l’ordre du régiment. Un beau diplôme commémoratif a été envoyé à la famille, signé de Raymond Poincaré, comme hommage de la Nation. Son fils orphelin, René, a eu quatre enfants: Colette, Michelle, Christian et Marie Noëlle.

Comment des familles peuvent elles absorber de tels deuils? Comment un village peut-il se remettre de la perte de tant de ses enfants? Comment un pays, un continent, pourrait-il ne pas mourir de telles blessures?

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