La voie romaine de la Riolle

Les gaulois disposaient d’un réseau routier assez dense et assez bien entretenu. C’est ce réseau routier qui a facilité les déplacements des armées de César dans sa guerre victorieuse contre les gaulois. L‘époque romaine ne vit que la structuration et la normalisation de routes plus anciennes. Les très rares itinéraires antiques qui nous sont parvenus ne concernent que les grands axes de circulation. Le qualificatif de « voie romaine » qui leur est généralement attaché, correspond aux itinéraires majeurs représentés par des voies publiques, jalonnées par des bornes, dont le développement commence avec Jules César. Mais c’est sous Auguste que le réseau va prendre son essor.

Un autre point important à préciser est que les gaulois avaient profité des axes de circulation constitués par les fleuves et rivières navigables pour les doubler, le plupart du temps, de voies longeant ces cours d’eau. Parfois sur les deux rives. Là encore les romains exploitèrent ces infrastructures. Césarodunum et la région des Turons ont l’avantage d’être traversées par divers cours d’eaux (Loire, Indre, Cher, Vienne…), la plupart navigables. L’importance même de ces axes de communication fluviaux explique sans doute, au moins en partie, le choix du confluent des vallées de la Loire et du Cher pour l’implantation de la capitale.

Les « voies romaines » ont mis en place les grandes liaisons entre capitales de cités, suivant les normes communes aux grandes routes de l’Empire, bien plus directes et rectilignes que les routes suivant les berges des cours d’eaux. Par ailleurs, la construction de ponts, gués ou stations réalisés par les légions ont facilité la circulation en Gaule.

Ces routes de l’empire étaient documentées et même cartographiées. La carte de Peutinger, (Fig1) copie médiévale du seul document cartographique antique qui nous soit parvenu pour la Touraine, atteste de l’existence de cinq de ces « voies romaines » passant par Tours (Césarodunum): la voie de Tours à Poitiers (Limonum), celle de Tours à Angers (Juliomagus), celle de Tours au Mans (Vindinum), celle de Tours à Orléans (Cenabum), et celle de Tours à Bourges (Avaricum) (Fig2)

Tours était donc une ville très importante de la Gaule romaine. Mais les siècles passant, avec leur lot de destructions, les vestiges fiables des voies romaines de Touraine ne sont pas aussi fréquents qu’on pourrait le croire. Les plus convaincants concernent avant tout la route qui reliait Tours à Poitiers: il s’agit de deux bornes milliaires (dont une marquée au nom de l’empereur Tacite) et de traces ou restes de ponts.

Les distances étaient indiquées par des bornes milliaires (1 mille romain équivaut à 1481 m). Il s’agissait d’une colonne monolithique d’environ 50 cm de diamètre et d’une hauteur suffisante pour pouvoir lire l’indication de distance à hauteur d’homme à cheval (entre 1,8 à 2,5 m), ainsi que le nom de l’empereur qui avait ordonné la construction de la voie. Dans certains cas ces bornes pouvaient prendre comme unité de mesure les lieues romaines (2220 m) ou les lieues gauloises (2415 m). Il y aurait eu environ 550 bornes pour l’ensemble des voies romaines en Gaule.

Des gîtes, le plus souvent en brique, étaient installés tous les 30 kms (parfois moins). La multitude de lieux dits « les Maisons Rouges », sur les trajets des anciennes voies romaines, serait une subsistance de ces gîtes.

La largeur habituelle des voies était de 6 à 8 m mais pouvait aller jusqu’à près de 10 m. L’empierrement des soubassements dépendait de la nature des sols et pouvait atteindre 1 m d’épaisseur! Des fossés bordaient ces voies et un chemin piétonnier pouvait les accompagner. La circulation se faisait du coté gauche.

Comment la Riolle était-elle impliquée dans le réseau de voies romaines, puisqu’on dit qu’il reste des vestiges sur Bournan et Bossée?

Sur une carte d’état major l’IGN de notre toute petite région, la voie romaine est signalée par un chemin rectiligne qui passe légèrement au sud de l’ancien château des étangs de Bossée, en limite de Bournan, puis traverse la commune de Sepmes à l’endroit précis du projet d’éoliennes. L’éolienne N°3 serait même implantée directement sur la voie romaine. Notons que précisément des « Maisons rouges » existent sur Sepmes jouxtant le terrain envisagé pour les éoliennes. (Fig 3)

Cette voie romaine, d’orientation grossièrement est-ouest, quelles villes reliait-elle? Compte tenu des diverses sources écrites (1,2,3,4) il est fort probable que la voie romaine de la Riolle constitue un secteur de la voie romaine entre Tours et Poitiers.

Au moins deux voies romaines permettaient de faire le trajet Tours-Poitiers.

La route la plus ancienne pour gagner Poitiers, que ce soit en venant de Tours, d’Orléans ou même de Paris, était une voie qui passait par Loches (Lucca). Ce qui contraignait à un grand détour pour les tourangeaux. Après avoir atteint Loches, la route bifurquait vers Port de Piles (Portus de Pilis), l’endroit le plus favorable pour passer la Creuse et rejoindre les bords de la Vienne jusqu’à Ingrandes avant de gagner Poitiers. Loches était donc à la fois sur la route de Tours à Poitiers mais aussi d’Orléans à Poitiers. Deux modifications, mises en oeuvre dès l’époque romaine, ont conduit ultérieurement à raccourcir les trajets. De Tours à Poitiers, on créa une voie par Montbazon (Mons Basonis) et Sainte Catherine (S. Catherina de Fero Bosco). De Paris (ou Orléans) à Poitiers on utilisa la rive gauche de la Loire par Amboise (Ambacia) et la vallée de l’Indre à Reignac (Fau).

Selon Mabille (1), la route primitive vers Poitiers quittait Loches en passant par Varennes, Ciran, Ligueil et Marcé. Donc pas sur nos communes de la Riolle. C’est avec la modification du tracé pour réduire le chemin des parisiens gagnant Poitiers, Bordeaux et l’Espagne, que fut créé la voie qui d’Amboise gagnait Reignac, Manthelan, et la Celle Saint Avant, avant de rejoindre Ports de Piles (lieu de passage obligé). (Fig4)

La voie romaine de la Riolle passant par Bossée, Bournan et Sepmes est donc celle qui était utilisée en priorité par les gens pressés, venant du nord de la Loire, qui n’avaient pas d’activité particulière à faire à Tours, et évitaient le détour par Loches pour gagner l’Aquitaine ou l’Espagne. Ou faire le trajet inverse pour gagner Lutèce.

On peut donc imaginer que cette voie ait pu être empruntée par les troupes arabes remontant d’Aquitaine en 732 et qu’effectivement des combats aient pu se dérouler dans la vallée de la Riolle, comme nous l’avons évoqué dans un post précédent.

Bibliographie:

  1. Mabille E. Recherches sur les divisions territoriales de la Touraine. 1863
  2. Abbé Bourassé, Essais sur les voies romaines en Touraine.
  3. De Caumont, Bulletin monumental 1846. La Sauvagère, Recueil d’antiquités.
  4. Duvignault J. Les voies. 2° Journées inter-associatives des sociétés d’Histoire d’Anjou-Poitou-Touraine. 2018

5 réflexions sur “La voie romaine de la Riolle”

  1. Bonjour,
    Votre blog est vraiment très passionnant, je suis la vie de la Riolle g^rce à vos mails et ça me plait bcp. Pensez-vous un jour faire un livre de toutes vos découvertes. Je serai acheteuse. Merci en tout cas pour ces histoires qui me passionnent. Je suis bretonne, arrivée en Touraine il y a 29 ans, alors un peu tourangelle. Mes enfants nés ici sauront j’espère s’approprier leurs histoire bretonne et tourangelle grâce à des gens passionnés comme vous. Alors merci merci merci pour tout ça ! Joëlle Letournel-Pironnet.

    1. Merci Madame de votre avis très positif au sujet de ce blog. Nous espérons en être dignes. Notre démarche ne vise pas à faire un livre, et d’autre part nous n’avons pas le sentiment des faire des « découvertes ». Plus modestement nous collectons des infos qui existent à droite ou à gauche, et nous essayons de brosser le tableau de cette magnifique petite vallée; aussi bien avec des éléments contemporains qu’avec des informations ou documents plus anciens. Décrire et mémoriser: voila notre seul objectif et toutes celles et ceux qui souhaitent participer à cette animation sur les 4 communes de la Riolle sont les bienvenu(e)s. Nous publierons tous les travaux sérieux de tout(e)s les volontaires.
      Il y a beaucoup de bretonn(e)s ici et c’est une véritable richesse. Ma femme était de Quimper et la fierté des bretons quant à leurs racines est un exemple qui anime aussi notre démarche.
      Bien cordialement et au plaisir d’une rencontre si vous le souhaitez

  2. Pinard Jean Pierre

    – « Allo patron ?! nos éoliennes vont être pile poil sur la voie romaine !!
    – Sur la voie romaine ?? On est mal !! on est très mal !!  »
    (sur le mode de la pub (plutôt marrante) de Lidl)
    Une lueur d’espoir avec le renfort des légions romaines ??
    A bientôt

    1. oui on est très mal
      D’autant que l’avis du « commissaire enquêteur », connu hier, est favorable à l’installation des éoliennes à Sepmes!

  3. Claude Destouches

    Merci aussi pour toutes vos recherches et cet article très passionnant.
    Oui, si on se fie en particulier à notre passionné d’histoire lochois Jacky Gautreau, la route d’Espagne passait par Loches, au pied de la cité royale franchissant la Porte des Cordeliers à l’est et la porte Poitevine à l’ouest.
    D’ailleurs, même si je suis natif de Bossée, j’habite à Loches à environ 150 m de la Rue d’Espagne en direction de Varennes.
    A bientôt !

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