Les chèvres de la Riolle (1): comme chez elles

Il y a au moins deux raisons pour évoquer les chèvres de la Riolle: d’une part parce que les chèvres, très anciennes dans notre vallée, sont parties prenantes des fromages d’appellation Sainte Maure, et d’autre part parce que l’élevage caprin, a bénéficié à Grillemont, sous l’autorité de Colette de Saint Seine, de  progrès très significatifs en faveur des élevages et de la sélection des chèvres.

La présence des chèvres est avérée en Touraine depuis le néolithique. Plus près de nous les textes du VIII° siècle (Charlemagne) signalent l’exploitation alimentaire des chèvres. Et au XVI° siècle Rabelais évoque le fromage de bique. (1) Il y a un siècle, les chèvres font encore partie de ce qu’on appelle le « petit bétail », d’un intérêt moindre que les moutons ou autres animaux de basse cour. Elles ne sont l’objet d’aucune sélection et leur élevage n’est pas encouragé. Pourtant, dans pratiquement chaque ferme il y a des chèvres, fournissant du lait, et la viande des biquets; leurs peaux aussi sont utilisées. Les cartes postales et photos de l’époque montrent à quel point les chèvres accompagnent les hommes, presque comme des chiens, et font partie du paysage « quotidien ». (Fig 1 et 2)

L’alimentation des chèvres reposait sur l’usage ancien de la « vaine pâture » qui permet de laisser les animaux se servir sur les espaces libres (causant des dégâts aux chemins, haies ou récoltes…) On considère qu’il y avait environ 25000 chèvres en Touraine en 1892 et près de 35000 en 1929, au moment où des progrès décisifs vont être réalisés pour l’élevage caprin; ce que nous verrons en détail dans un prochain post consacré aux chèvres de la Riolle.

Rappelons que pendant l’occupation, les allemands contrairement au reste du bétail, n’ont pas frappé les chèvres de réquisition; sans doute considérées à tort comme d’un faible rapport. Cette bévue a permis à bien des familles de conserver un minimum vital ou des moyens de faire du commerce.

Il y a 50 ans il y avait des chèvres dans de nombreuses fermes de la vallée et chacune proposait son fromage particulier: quand je voulais acheter un de ces délicieux fromages, j’avais le choix d’aller le chercher à 500 m à droite (chez Gironnet) ou à gauche chez Chaumont). Et bien entendu j’aurais pu prendre mon vélo ou ma voiture et aller chercher mon fromage au bourg de La Chapelle (chez Villaumé), ou à Bournan à Paimbault, ou à Sepmes. Sans parler de tous les autres « petits producteurs » que je ne connaissais pas. Je me souviens aussi avoir pris des photos d’une vielle gardienne de biques, assise dans l’herbe du coté de la Noirasse.

Mais, de lois sanitaires en règlements européens (combien de morts à cause du fromage de chèvre?), la donne a changé et les producteurs ont cessé de vendre puis de fabriquer leurs fromages. Et les chèvres ont disparu de nos paysages. Progrès?

Aujourd’hui, la situation est simple: pour les 4 communes de la Riolle il ne reste que deux fermes élevant un troupeau de chèvres et productrices des fromages: la ferme des Bruyères à Bournan et celle du Cabri au lait à Sepmes. Il y a aussi un deux autres élevages à Bournan produisant du lait de chèvre destiné à être expédié pour une exploitation industrielle: à l’Ouverdière (Blanchet), et au Haut Pimbault (Regnier)

Une fois planté ce décor il apparait donc indispensable de traiter notre sujet en plusieurs posts. Les premiers seront consacrés aux chèvres elles mêmes: races, sélection, reproduction, alimentation, conduite des troupeaux… Nous évoquerons ensuite le lait des chèvres de la Riolle et leurs facteurs de qualité. Nous clôturerons cette série en donnant les caractéristiques des laits et fromages produits sur les communes de la Riolle, bénéficiant ou non de l’appellation Sainte Maure, et les différentes options pour leur élaboration, en ferme ou industriellement.

Bibliographie:

1- Desbons Pierre. Histoire de l’élevage caprin en Touraine. Mémoire de l’Académie des Sciences et belles lettres de Touraine. Tome 32. 2019

2 réflexions sur “Les chèvres de la Riolle (1): comme chez elles”

  1. Intéressant de savoir que les allemands dédaignaient cet animal pendant l’occupation et que cela a permis aux français de s’en sortir un peu mieux!

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