La Pierre Levée (1)

« Du haut de ces pyramides, quarante siècles d’histoire nous contemplent » avait dit Bonaparte en 1798 à ses soldats avant la bataille…savoir d’où l’on vient pour continuer à écrire l’histoire.

A Civray sur Esves, une des 4 communes de la Riolle, une colline de 94m (les champs Bergeons) domine le paysage, entre Ligoire et Esves, près du Moulin de Ménard. Un mégalithe, la « Pierre Levée », y a été établi depuis le néolithique (entre 4800 et 3500 avant notre ère) par des populations qui s’installaient dans les points stratégiques du paysage, comme des éperons barrés, des bords de terrasses alluviales, ou des éminences propices à la surveillance des paysages alentours, dont les « champs Bergeons » font incontestablement partie.

La « pierre levée » n’est pas au sommet de la colline mais sur son flanc sud ouest à une altitude de 82m. Au regard, rien ne signale la « Pierre Levée » incluse dans les parcelles cultivées. A l’automne, après les récoltes, l’agriculteur la signale par un repère destiné à éviter d’endommager ses outils. Dans son livre illustré « Mégalithes autour du Grand Pressigny », Jacques Lemaistre écrit en 2019:  « Quel magique emplacement avec une vue sans limites vers l’horizon, vers le soleil couchant. Malheureusement il ne reste qu’affleurant le sol, pour la plus grande joie des lapins, qu’une dalle brisée…» (Fig 1 et 2)

Ce mégalithe, aussi vieux que les pyramides de Louxor, a été l’objet de descriptions multiples, mais aussi de légendes et d’appels à protection. Il semble aussi avoir été fouillé à plusieurs reprises et divers objets ou ossements en ont été extraits.

J-M Rougé publia un texte (1) en 1906 dans le Bulletin de la Société préhistorique française pour attirer l’attention des historiens et archéologues: « Il existe, dans la Touraine méridionale, un dolmen, qui va disparaître. Ce monument se trouve situé sur le territoire de la commune de Civray-sur-Esves sur une parcelle faisant partie de la vieille ferme fortifiée « La Pierre », un ancien fief » (propriétaire: Madame De Witte Gérard, veuve, née de la Ferté Sénectère au Grand Pressigny). A cette date le mégalithe était déjà à demi enfoui et J-M Rougé déplorait un certain manque d’information à son sujet: « Ce monument n’est indiqué ni dans les Monuments celtiques de la Touraine, publiés par M. l’abbé Bourassé dans les premiers bulletins de la Société archéologique de la Touraine, ni dans l’Inventaire officiel des Monuments Mégalithiques de France, dressé en 1880. Louis Bousrez (2) en 1894, dans son Inventaire des Monuments mégalithiques du Département d’Indre-et-Loire, plaça cette « pierre levée » parmi les « menhirs». Il indiqua qu’elle avait déjà été signalée par Carré de Busserolle (3) et par l’abbé Baranger, curé de Ligueil (4) « qui semble être le premier à évoquer des fouilles, en 1861 ».

En 1894, Bousrez écrivit:« Ayant pu obtenir un renseignement certain de l’ancien fermier du champ où se trouve cette pierre, j’ai su qu’elle était autrefois debout, quoiqu’un peu penchée, mais que des fouilles, pratiquées au pied, avaient amené assez rapidement son affaissement complet. D’après ce que m’a dit la même personne, une pierre portant une inscription, que paraît-il, on n’aurait pu déchiffrer, ce trouve à côté et on prétend qu’il serait facile de la dégager »

J-M Rougé signale avoir constaté une fouille en 1906 et en appelle à la protection du mégalithe: « Le mégalithe, La Pierre Levée est donc en danger immédiat ! …Si personne ne vient à son secours, elle sera, un jour ou l’autre cassée (comme « Les Palets de Gargantua » au village de Malicorne, commune de Tauxigny), et servira à empierrer les routes… Le mégalithe de Civray-sur-Esves devait être un dolmen, et non un menhir. En effet, je suppose que, vers 1860, la pierre était soutenue au sud par des piliers. Alors, les gens qui fouillèrent le mégalithe cassèrent, sans doute, ces supports. Les pierres qui gisent près du monument en seraient les vestiges. Après avoir fouillé le dolmen et brisé les piliers, on abattit probablement la pierre, qui, au Nord, resta adossée au coteau, tandis qu’elle s’affaissa, au midi, tout en surplombant légèrement la terre, à cause de l’irrégularité de la surface du sol et du mégalithe lui-même. »

Gérard Cordier, en 1963, écrit dans son Inventaire des mégalithes de la France: «  Ce monument se réduit aujourd’hui à une dalle d’environ 4m de long par 1,70m de large, peut-être fragmentée en deux parties à plat, semi enterrée et difficile à circonscrire sans dégagement ».  Il confirme que d’après les indications de J-M Rougé, « confirmées par une photographie qu’il donna et la conformation du terrain, on peut envisager à l’origine, une chambre engagée dans le substratum au nord et circonscrite par des supports au sud, le tout recouvert par la dalle actuellement visible; en calcaire turonien… Outre les fouilles anciennes (1860, 1906) déjà rapportées, mais dont on ignore les résultats, on aurait encore extrait des ossements, notamment un fragment de crâne vers 1960. Une remarquable hachette-pendeloque, extra-plate en jadéite, de 131,5 mm de longueur, 49,5 mm de largeur et 9 mm d’épaisseur (masse 113 gr), recueillie à proximité, peut provenir d’un mobilier funéraire. A. Renard (?) signalait « une belle hache polie en silex jaune, opaque, trouvée aux abord de ce monument ».

Bien entendu un tel monument n’a pu arriver jusqu’à nous sans traîner avec lui moult légendes, suppositions archéologiques et autres récits fantastiques. On considère qu’au néolithique ce type de mégalithe était associé à des rites funéraires ou sociaux caractéristiques. Plus tard ces dolmens aurait eu à voir avec les réunions de fées, ou les pérégrinations de Gargantua. On rapporte aussi qu’un détachement de soldats Romains à la recherche d’un gué auraient été massacré par les Gaulois et que les officiers auraient été enterrés à proximité du dolmen…

Du haut de cette Pierre Levée quarante siècles d’histoire nous contemplent.

Bibliographie:

1- Rougé J-M. Bulletin de la Société préhistorique française. 1906 (tome 3, N. 8. pp. 343-346)

2- Bousrez Louis « Les Monuments mégalithiques de la Touraine » Tetus, 1894.

3- Carré de Busserolles Dictionnaire géographique, historique et biographique de l’Indre et Loire. 1874

4- Baranger (abbé) Petite histoire de la petite ville de Ligueil, page 9, 1876

5- Cordier G. Inventaire des mégalithes de la France. Indre et Loire.1963

L’astérisque rouge signale l’emplacement de la pierre levée et le soleil orange le point de vue à ne pas manquer

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